Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

      

 

     La vie où l'on court. Chapitre 8  

    “La route est droite mais la pente est forte” En courant ce mardi de la septième semaine d’entrainement. (j’ai refait le calcul avec Raoul et il s’avère que mes ou ses calculs étaient erronés. La semaine qui vient de s’achever est bien la septième, la douzième finissant avec le marathon le 24 octobre). Reprenons, les parenthèses ont été longues et peut-être avez-vous perdu le fil. 
    “La route est droite mais la pente est forte” se dit-il en souriant. Cette phrase lui est revenue en tête par juxtaposition d’idées. Raoul est au milieu de la route de la zone artisanale de Saint Renan  ( je n’avais pas encore précisé la ville) qui se situe aux alentours de Brest et regarde en passant les divers panneaux d’entreprises en pensant qu’il fait partie de ce monde avec tous les aléas que cela comporte: Le coût des matières premières, l’évolution du pouvoir d’achat, les taux de crédit, les accords de prêt... il a le titre d'indépendant, ce n'est qu'un titre générique. Il ne l'est pas et cela le gêne de ne pouvoir tout maîtriser dans son travail, se sentant parfois faible par répercussion dans sa vie.
Le vote devrait être un pouvoir mais comme il est coutume de dire les promesses n’engagent que ceux qui les croient
C’est en pensant à tout ça que  cette phrase dite par Jean Pierre Raffarin, ancien premier ministre lui est revenue à l’esprit, Ce n’est pas la signification de cette phrase qui est importante dans son esprit, mais la provenance politique, le mot route et de se retrouver à courir en zone artisanale, de reprendre le travail après un week-end de débat sur la lutte des classes, de chants festifs et de moments de communions lui a remis en perspective les combats qu’il était nécessaire de mener…

Jeanne lui a téléphoné hier. Elle était allée voir ses parents dans le sud de la France. Son père a eu apparemment des problèmes de santé. Elle a récupéré son enfant, Ils doivent se voir demain, mercredi. Elle passera dîner avec son fils!

En écrivant ces lignes je vois distinctement Raoul quitter la zone artisanale et continuer en périphérie de Saint Renan. Il aime les grandes lignes droites. Dans ces grandes lignes droites, ses pas s'accélèrent, son esprit s’évade, il se sent bien, seul maître de ses pas.
 Il court pratiquement toujours sans musique. Il n’y a qu’à la fin de ses préparations aux marathons qu’il est obligé d’en mettre pour ne pas penser à la course qui se rapproche.
    Ce mardi, alors qu’il court , il se rejoue le dialogue qu’il a eu au  téléphone avec Jeanne et imagine celui qu’il aura demain. Il se rend compte qu’il ne sait pas grand-chose d’elle. Ils se sont vus très peu. Il ne sait pas ce qu’elle fait dans la vie, vient d’apprendre que ses parents sont dans le sud et ne sait rien sur le père de l’enfant....
La dernière fois qu’ils se sont vus, la fameuse soirée avant de partir en vacances, c'est elle qui a décidé des sujets de conversation, le désarçonnant d’ailleurs d’entrée.
Elle l’avait amené au bord de la mer, elle avait préparé un panier où il y avait tout le nécessaire pour l’apéritif. Ils ont diné ensuite dans un restaurant où Jeanne avait réservé.  D’entrée elle avait parlé d’amour et de la vision d’absolu qu’elle en avait.
“- Actuellement tu vois, je ne veux plus de cette routine amoureuse. J’ai déjà eu un mari ainsi que des amants et aucune de mes relations ne m’a finalement comblée. Si je te dis ça c’est parce que je compte t’embrasser en fin de soirée!
-Je compte résister!
-Comme tu voudras cependant sache que je  ne veux plus de ce combat fait de concessions, avoir un planning de tâches ou d’instant d’amour. Quand je regarde l’homme avec qui je partage ma vie, je n’ai pas envie de lui chercher des qualités qui me font l’aimer. Je veux l’aimer sans aucune raison et s’il y en a je préfère qu’elles soient déraisonnables. Je ne veux pas le changer, je ne veux pas qu’il me change, je ne veux pas qu’il me dise je t’aime, je veux qu’il m’aime et qu’ il me fasse confiance même quand je chute…
- Comme disait Cocteau tu penses qu’il n’y a pas d’amour mais que des preuves d’amour?
- Je ne le dirai pas tout à fait comme ça car je ne veux pas forcément un amour démonstratif ou discret; je veux juste qu’il soit. Qu’il soit comme une entité propre que j’apprendrai à connaître..."
En entendant cela, Raoul n’eut qu’une envie, celle d’être cet absolu. Quand il se retrouva en vacances, il n’eut qu’une peur, celle d’être cet absolu. Il avait peur d'aimer, d’être aimé, de devenir cette habitude, de ne pas être à la hauteur. Il s’était félicité il n’y a pas si longtemps auprès de son amie confidente de s’être épargné le vide, la trahison, la tiédeur qui parfois arrive dans une relation quand elle dépasse la date limite de consommation… Mais aujourd’hui alors qu’il se lance dans une nouvelle aventure il se demande s’il aura le courage nécessaire pour aimer car pour lui c’est une affaire de courage d’accompagner un être dans le quotidien de la vie qu’il faut sublimer. Alors il se demande si au lieu de partir dans ses aventures précédentes, il n’aurait pas plutôt fui

Le repas de ce mercredi soir avec le fils de Jeanne s’est bien passé bien que loin des retrouvailles espérées.  Néanmoins ils étaient heureux de se regarder, de s’effleurer, de patienter car l’enfant était là… Jeudi, la vitesse de course d’avant vacances est revenue ainsi que ses statistiques. Il a arrêté le sucre avant la course sur les conseils de la diabétologue, évitant ainsi un pic de glycémie d’entrée et s’en porte bien.
Samedi il part également sans sucre supplémentaire en début de course et sans eau car il n’a qu’une heure de course mais l’insuline qu’il a pris trois heures avant continue à faire son effet et au bout de cinquante minutes, il est obligé de s’arrêter un instant car en hypoglycémie. Il repart ! A  cinq cents mètres de chez lui, une voiture roule au pas à son niveau et lui parle… Raoul lui répond de façon neutre, elle se rend compte qu’il ne l’a pas reconnue. 
 “ - tu sais qui je suis ?"
Il se rapproche et après quelques phrases de temporisation, il se rappelle… La dernière fois qu’il l'a vue c’était il y a presque seize ans. Les rides sont là, certaines rondeurs également. Au moment où il lui sourit, lui reviennent en souvenirs les larmes qu’elle avait versées quand elle était  partie dans une autre région avec son mari. Très rapidement elle lui raconte sa séparation, son retour. Il se sent fort, il est vrai que physiquement il n’a pas beaucoup changé et pour une fois il avait bien  agencé les couleurs de sa tenue. Il a été drôle, léger… Tout ce qui peut séduire une femme qui vient de divorcer. Il lui dit qu’elle peut l’appeler  pour boire un verre...
Dimanche, il démarre son entrainement de deux heures quinze minutes avec une douleur aux ischios jambiers mais tient bon. La semaine prochaine sera une semaine plus légère. En arrivant chez lui alors qu’il prend son portable pour consulter ses statistiques, il voit qu’il a deux messages, un de Jeanne et un de sa rencontre d'hier. 
         Entre la quête d’absolu et les femmes déjà conquises, son hésitation lui fait honte... Les idéaux ne seraient-ils finalement que des utopies. Que ce soit en amour ou en politique, l'homme ne sait pas se mettre en danger pour sublimer la vie...                                                                                                                                                                                  

                                                              à suivre...

lepoetedusiecle
 

                                                                                                            

                                                             

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :